
Mon auto-BD-graphie est née d’un besoin viscéral de raconter mon histoire avec ce que j’appelle mon Vendeur-de-Rêves — un charlatan croisé dans le milieu martial, dont l’emprise a laissé en moi des traces bien plus profondes que je ne l’imaginais. Devenir parent a réveillé ces démons enfouis, semant le doute sur ma capacité à protéger et élever mes enfants. Écrire cette expérience a d’abord été une thérapie, un moyen de poser des mots sur une blessure pour tenter de la refermer.
Pourtant, une fois le récit couché sur le papier et corrigé par un écrivain public, quelque chose manquait. Les mots ne suffisaient plus : il me fallait dessiner. C’était en 2011, en traçant les contours de cette histoire que je me suis retrouvée, comme si le crayon, plus que la plume, pouvait enfin libérer ce qui était coincé en moi. Ce projet a évolué, s’est transformé, et c’est là que tout a basculé. Le dessin est devenu bien plus qu’une extension de l’écriture — il a été l’étincelle, l’élément déclencheur d’une renaissance. J’ai dessiné, et en dessinant, j’ai commencé à me reconstruire.
Mon auto-BD-graphie a connu plusieurs métamorphoses visuelles au fil des années. Mon regard sur mon propre dessin a radicalement changé : ce qui me semblait acceptable hier me paraît aujourd’hui imparfait, voire insupportable. Je vois des défauts qui me sautent aux yeux, et je me demande parfois : « Comment ai-je osé présenter cela au public ? » Une honte rétrospective m’envahit, comme si chaque trait passé trahissait une version de moi que je ne reconnais plus.
Pourtant, vous avez été bienveillants. Vous pouvez d’ailleurs comparer les versions : la couverture du livre ci-après a été entièrement retravaillée, notamment après avoir perdu mes fichiers originaux — un accident qui m’a forcée à tout repenser. Heureusement, certaines traces subsistent en ligne, comme sur Webmag, où l’on peut encore voir l’évolution de ce travail.
C’est aussi cela, la création : un perpétuel recommencement, une quête d’alignement entre ce que l’on voit et ce que l’on ressent.

